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Cartes, une certaine vision du monde | Géopolitis

1 month ago 29

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Depuis des siècles, l'humanité est confrontée à un défi : comment représenter fidèlement la Terre, sur une surface plane ? Ce casse-tête a contraint les cartographes à faire des compromis, donnant naissance à une multitude de projections. Le résultat de ces choix est loin d'être anodin. Derrière chaque carte se cache bien plus qu'une simple représentation géographique : c’est une certaine vision du monde. Invité : Frédéric Giraut, professeur de géographie politique à l’Université de Genève Présentation : Laurent Huguenin-Elie Au sommaire: 00:00 Cartes, instruments de pouvoir 02:17 Les cartes, visions d’un monde 06:10 Frédéric Giraut: "On est dans un tournant numérique sur l'information géographique" 17:03 Golfe du Mexique contre Golfe d’Amérique, la bataille des noms de lieux 19:33 Frédéric Giraut: "Il y a une logique suprémaciste" dans la volonté de Donald Trump de renommer certains lieux 23:46 L’Atlas mondial suisse, ouvrage de référence cartographique distribué en classe C'est une geste parfois quotidien: la recherche d'un itinéraire ou d'un lieu sur un service de cartographie en ligne. L'application Plans pour Apple ou Google Maps pour son concurrent. Cette dernière domine le marché depuis son lancement en 2005. "On est dans une période assez particulière. Il y a eu beaucoup de tournants, mais là on est dans un tournant numérique qui porte sur l'information géographique, donc la cartographie. L'information géographique était souveraine. Elle était produite par les Etats, qui élaboraient eux-mêmes des cartes qui pouvaient faire référence ou éventuellement s'opposer. On est passé à une ère où cette production souveraine continue à exister, mais ce qui est véritablement consulté et utilisé, c'est ce qui est produit par les plateformes", souligne Frédéric Giraut, professeur de géographie politique à l’Université de Genève. Des plateformes mondiales qui opèrent des choix parfois très critiqués. C'est le cas par exemple pour la Crimée, annexée par la Russie en 2014. Sur Google Maps, la péninsule est représentée comme faisant partie intégrante du territoire russe - avec une frontière nette avec l'Ukraine - si l'internaute se connecte depuis la Russie. Pour ceux qui se connectent depuis d'autres lieux dans le monde, cette frontière est représentée en pointillés, ce qui indique un territoire disputé. L'entreprise américaine estime qu'elle défend ainsi sa neutralité et précise : "Dans les pays qui ont des versions locales de Google Maps, nous suivons la législation locale." "Le droit international n'est pas respecté avec ce mode de représentation", estime Frédéric Giraut. "L'idée, clairement, c'est de pouvoir être présent partout et donc d'aller dans le sens des exigences des Etats qui sont souverains mais qui en l'occurrence pour ce qui est de la Russie imposent une occupation qui n'est pas conforme au droit international." Le nom donné à certains lieux géographiques peut aussi être source de tensions entre Etats. Comme le montre la décision récente des Etats-Unis de changer le nom du Golfe du Mexique en Golfe d'Amérique, suscitant la colère des autorités mexicaines. Dans ce cas aussi, Apple et Google ont adapté leurs cartes. Les planisphères - ces cartes qui représentent à plat le globe terrestre - font aussi débat. En 2025, des ONG africaines ont lancé la campagne "Correct the map" qui appelle à généraliser l'utilisation d'une carte mondiale appelée "Equal Earth", avec l'ambition de "refléter plus fidèlement la taille réelle de l'Afrique". Cette initiative est soutenue par l’Union africaine. Le débat sur l'image du monde véhiculée par les planisphères n'est pas récent. Les cartographes ont fait des choix et ont utilisé des méthodes variées pour représenter la Terre - qui est une sphère - à plat, sur une carte. L’une des projections les plus célèbres reste celle de Mercator, publiée en 1569 par le mathématicien et géographe flamand, Gerhard Kremer. Cette carte était conçue pour les navigateurs européens, en pleine période de colonisation. Une projection qui a marqué l'Histoire et inspire encore de nombreuses cartes aujourd'hui. Elle est aussi très critiquée : elle respecte les formes des continents, mais pas les superficies. Au détriment de l'Afrique et l'Amérique du Sud. "Il y a plusieurs procédés cartographiques qui, surtout lorsqu'ils sont cumulés, vont produire une hiérarchisation des espaces et un effet de domination de certains lieux. D'une part, il y a le fait de centrer, donc de choisir un méridien qui va être au centre du planisphère. D'autre part, il y a la convention de mettre le Nord en haut, qui là aussi produit un effet de domination. Et si vous combinez cela avec l'usage d'une projection qui effectivement donne davantage de poids visuel à certains espaces - par rapport à ceux qui sont proches de l'Equateur - vous cumulez finalement les effets de domination visuelle", commente Frédéric Giraut. Le site de Géopolitis : https://www.rts.ch/emissions/geopolitis/ #cartographie #pouvoir #trump
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